Histoire de Spinalonga : de la forteresse vénitienne à la léproserie
L'îlot a connu trois vies en quatre siècles : place forte vénitienne, village ottoman, puis colonie de lépreux. Les ruines que vous verrez mêlent les trois.
Une forteresse vénitienne qui tient jusqu'en 1715
En 1579, les Vénitiens, maîtres de la Crète, fortifient l'îlot sur les restes d'une acropole de l'antique Olous, la cité aujourd'hui engloutie sous la baie d'Elounda. Le but : verrouiller l'entrée de la baie contre les Ottomans et les pirates. La forteresse tient si bien qu'elle reste vénitienne après la chute de Candie (Héraklion) en 1669, avec Souda et Gramvoussa. Il faut un siège de plusieurs mois pour qu'elle se rende aux Ottomans, en octobre 1715.
Un village ottoman au XIXe siècle
Sous l'Empire ottoman, l'île devient un village de marchands musulmans, prospère grâce au commerce de la baie. Les maisons à étage et les échoppes de la rue principale datent pour l'essentiel de cette époque. À la fin du siècle, l'île compte un peu plus d'un millier d'habitants.
La léproserie de Spinalonga, de 1903-1904 à 1957
En 1901, l'État crétois, devenu autonome, vote une loi qui ordonne l'isolement des lépreux. Spinalonga est choisie : une île, proche de la côte, facile à surveiller. Les habitants musulmans partent, et les premiers malades arrivent en 1903 ou 1904 selon les sources. Après le rattachement de la Crète à la Grèce, on y envoie des malades de tout le pays.
Les débuts sont terribles : peu de soins, des maisons délabrées, un ravitaillement aléatoire. Les conditions s'améliorent dans les années 1930, avec l'électricité, un hôpital plus moderne et une vie sociale organisée. L'arrivée de traitements efficaces dans l'après-guerre vide peu à peu la colonie, qui ferme en 1957 : les derniers malades sont transférés à l'hôpital d'Agia Varvara, près d'Athènes. Spinalonga est l'une des dernières léproseries d'Europe à avoir fermé.
Remoundakis et la Fraternité des malades de Spinalonga
Si la colonie a obtenu de meilleures conditions, elle le doit beaucoup à Epaminondas Remoundakis, un étudiant en droit crétois envoyé sur l'île. Il fonde la Fraternité des malades de Spinalonga, qui réclame et obtient de l'État eau, électricité, soins et dignité. Ses mémoires existent en français sous le titre Vies et morts d'un Crétois lépreux (éditions Anacharsis, 2015) : c'est le meilleur témoignage direct sur la vie de l'île, à lire avant ou après la visite.
Spinalonga aujourd'hui, sur la liste indicative de l'UNESCO
L'île est devenue un site archéologique en 1976 et n'a plus d'habitants. La Grèce l'a placée sur sa liste indicative du patrimoine mondial, l'étape avant une éventuelle inscription à l'UNESCO, qui n'a pas encore eu lieu. Pour replacer Spinalonga dans un voyage plus large, voyez notre guide pour visiter la Crète.